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LibraireEn cette période de négociation collective, deux visions de l’organisation du milieu de travail s’affrontent. La première, celle de notre syndicat, propose une organisation fondée sur les compétences de ceux et celles qui travaillent sur le plancher au quotidien; et la deuxième, celle de l’administration de l’entreprise, propose une organisation copiée sur la façon de faire d’autres commerces de détail de grand volume soit une prédominance du commis. Cette volonté s’inscrit dans un processus qui a démarré bien avant le début de la négociation. Nous pouvons penser à la vague d’embauche de commis qui ont reçu une « multi-formation » pour travailler dans tous les départements du magasin. Voyons si la vision du patronat de Renaud-Bray fait bande à part.

Pour mettre en œuvre cette pratique, l’administration de Renaud-Bray a amorcé une véritable partie de bras de fer avec le syndicat. Après l’abolition de la médiation entre patronat et syndicat, l’employeur a imposé des mesures disciplinaires aux représentantes et représentants élus. En effet, la présidente et la secrétaire ont été congédiées et d’autres membres du personnel ont été suspendus pour des raisons douteuses.

À New York, les employées et employés d’une librairie à gros volume du même type que Renaud-Bray ont connu la même situation que nous. La librairie Strand est l’une des seules librairies aux États-Unis à être syndiquée. Le personnel a été confronté à des pratiques similaires de la part de leurs patrons. L’administration de Strand a essayé de diviser le syndicat en offrant des conditions de travail différentes aux employées et employés dont l’embauche était récente. Effectivement, ces derniers se voyaient offrir des conditions moindres que les membres bénéficiant de plus d’ancienneté. Une telle différence des conditions de travail au sein du personnel semble souhaitée par l’administration de Renaud Bray, qui tente de diviser les enjeux pour les temps plein et pour les temps partiel, ainsi que les enjeux par succursale. Cette logique vise à désolidariser les travailleuses et travailleurs œuvrant dans la même succursale, mais aussi à saper la grande unité des succursales regroupées dans le but de négocier séparément. En divisant l’unité des employés et employées, l’administration s’assure une faible résistance dans l’application de mesures impopulaires.

Outre la volonté de diviser les travailleuses et travailleurs, l’administration de la librairie Strand, tout comme Renaud-Bray, espérait amorcer un tournant qui mènerait à la précarisation des emplois du personnel. En voulant standardiser tous les employés et employées maintenant commis, l’administration s’assure non seulement le maintien de bas salaires, mais aussi le remplacement facile de chaque travailleuse et travailleur. Remplacer des libraires est plus difficile que de remplacer des commis, car la spécificité des libraires réside dans le fait qu’ils et elles possèdent des compétences particulières. Les employées et employés de la librairie Strand voulaient que leurs compétences soient reconnues. Avec l’arrivée du livre téléchargeable et des sites Internet comme Amazon ou Abebook, les employées et employés de la librairie Strand postulaient que ce n’était qu’en misant sur l’expertise des libraires que la librairie pouvait rester compétitive.

Nous voyons avec l’exemple de la librairie Strand que nous ne sommes pas seuls à être confrontés à une telle attitude patronale. Il existe une précarisation de l’emploi non seulement dans notre milieu de travail, mais aussi dans pratiquement l’ensemble des milieux de travail. Avec la mondialisation du capitalisme, plusieurs milieux de travail ont dû faire face à des attaques similaires. Pensons aux travailleuses et aux travailleurs de Rio Tinto Alcan, d’AVEOS, de Poste Canada, d’Air Canada, du secteur ambulancier, du secteur de l’hôtellerie et j’en passe.

Ce processus de précarisation de l’emploi se répand dans tous les pays du globe. Voulons-nous en faire partie? Les employées et employés de la librairie Strand ont choisi de lutter. Ils et elles ont décidé de s’organiser au niveau local pour déterminer leurs moyens de résistance aux propositions patronales. Étant donné la fermeture de la partie patronale dans les négociations, ils et elles ont décidé de se donner un mandat de grève et l’ont même appliqué pendant la journée du premier mai qui est la fête internationale des travailleuses et des travailleurs. Il est à nous de choisir ce que nous voulons faire face à ce que nous propose notre employeur. Nous avons la chance de pouvoir participer au processus de décision de nos conditions de travail grâce à notre syndicat. Si nous sommes en désaccord avec ce que la partie patronale espère mettre en œuvre, il nous est possible de nous réunir et de discuter des actions que nous voulons entreprendre. Seules des assemblées populeuses peuvent nous permettre de rendre ces actions légitimes. Ainsi, je vous invite à ne pas seulement vous informer sur le processus de négociation, mais aussi à participer aux rencontres syndicales et à faire entendre votre voix.

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